RUE DES RÉFRACTAIRES ET DES MAQUISARDS
28/02/2013C’est là qu’ont décidé de vivre quelques personnes pour y construire une autre vie collective. Joli nom, vous ne trouvez pas? Pourquoi cette maison? Parce qu’elle était vide et que personne ne s’en préoccupait. Une maison difficile à vendre. Drôle d’histoire en fait que celle du « Maquis », squat autogéré.
La légende dit que la maison aurait appartenu à un notable de Toulouse qui perdit la tête au moment de la révolution française de 1789. Elle fut réquisitionnée par les républicains puis cédée à des curés pendant la Restauration (1814-1830). Pendant la seconde guerre mondiale, elle est occupée par l’armée allemande. En 1953, elle est achetée par une famille bourgeoise, les Vigouroux. La maison est alors entourée de vignobles. La famille prend à son service une famille d’immigrés italiens comme métayers. Ils vivent toujours dans le quartier non loin de là. La production de vin s’arrête en 1986. La famille Vigouroux commence alors à vendre des parcelles de terrain à des particuliers désireux de devenir propriétaires, puis à un office HLM (1). De 2000 à 2005, seule la grand-mère vit dans cette grande maison. En 2005, les HLM qui ont acquit la maison la mettent en vente sans trouver preneur. Elle est laissée à l’abandon. Elle est aujourd’hui entourée d’habitats avec des vis à vis importants. Trop chère pour les institutions et avec trop de vis à vis pour les potentiels acquéreurs, le lieu tombe doucement en désuétude. Il est vite repéré par un groupe de militant-e-s qui s’activent sur les problèmes de logement.
En 2009 s’ouvre une campagne de réquisition des logements vides sur Toulouse avec comme objectif « zéro enfant à la rue ». Cette dynamique impulsera aussi la création du CREA (Campagne de Réquisition, Entraide et Autogestion), centre social autogéré. « Le Maquis » est réquisitionné par des militant-e-s pour en faire non seulement un lieu d’habitat mais aussi une sorte de QG pour les mouvements militants : un lieu ouvert où débattre, proposer et créer et s’abriter à l’occasion.
L’investir oui, mais pas n’importe comment ! Encore un squat ouvert par une horde de sauvages, de marginaux et de drogué-e-s ! Il est vite fait de tomber dans le cliché ! Ne créer ni peurs ni appréhensions, un premier défi ! Les futurs habitant-e-s du Maquis sont donc allé à la rencontre des habitant-e-s du quartier avant d’investir les lieux. Leur démarche a été la suivante : quelques jours avant l’ouverture du lieu, ce petit groupe de militant-e-s a distribué des tracts dans les boîtes aux lettres du voisinage expliquant leur projet, elleux sont allés les rencontrer, discuter des problèmes de logement, de leur concept de réquisition des logements vides… Le lieu a ainsi pu être ouvert sans que les voisins ne prennent peur et surtout sans appeler la police !!!
Les travaux nécessaires à l’occupation des lieux commencent dès l’hiver 2010 : ils concernent les réparations et l’entretien du lieu mais aussi le développement d’un projet de vie en lien avec des questions d’autonomie. C’est un véritable projet politique. Les « Maquisard-e-s » installent un four à pain et une ferme pédagogique avec des poules et une chèvre. Elleux convient les voisins à participer à des ateliers et à goûter la production locale : du pain, du lait, des œufs. La chèvre a été superbe! Les enfants ont adoré et ont fait venir leurs parents : un bon moyen de communiquer entre voisin-e-s! Des chantiers collectifs ont pointé leur nez tous les jeudis et les dépendances ont pu être retapées pour l’accueil d’autres habitant-e-s l’automne suivant!
Si l’activité militante à l’extérieur a pendant ce temps été moindre, au Maquis, elle était en pleine construction : l’accueil d’autres personnes, habitant-e-s à plus ou moins long terme, et les différentes rencontres ont fait naître des sessions de formation à l’ouverture des squats ou à la vie collective visant l’autonomie.
Si tout ça est possible, c’est aussi grâce à la présence dans les murs d’habitant-e-s fixes. Neuf personnes vivent au Maquis en permanence. Ils se sont choisi-e-s sur une base affinitaire : vivre et créer des choses ensemble dans la bonne entente. Ils ont des envies et des activités différentes mais partagent une même vision du lieu.
La philosophie est simple : vivre ! Très investi-e-s sur les problèmes du logement, les Maquisard-e-s ont participé à des actions contre la loi LOPPSI 2, contre l’expulsion des Roms des berges bords de la Garonne, à des débats en place publique à l’occasion d’élections (festival « Débattons dans les urnes » ou « Des bâtons dans les urnes » suivant qui le formule en 2012), etc. Aujourd’hui, elleux s’intéressent à développer une « coopérative intégrale » sur Toulouse : s’organiser, s’entraider, fonctionner en réduisant au maximum l’impact de l’économie capitaliste sur nos vies. C’est ce qu’elleux font déjà « au Maquis ». Les Maquisards défendent, occupent et construisent un autre mode de vie et s’en portent bien ! Elleux mettent la main à la pâte — réparent, construisent, cherchent, innovent – elleux récupèrent – notamment des légumes après les marchés (et on mange bien !) – elleux partagent – la collecte de légumes peut être répartie avec d’autres réseaux – et elleux accueillent – le lieu peut servir d’abri de passage et de lieu de réunion. L’idée de la coopérative intégrale est d’étendre cette pratique à la ville, avec d’autres personnes, d’autres réseaux, des associations, etc.
Prendre le Maquis est une belle aventure, décidément!
(1) HLM : Habitat à Loyer Modéré



















